::Dans
les pas de Hannah Arendt
Laure Adler
::A plusieurs reprises, submergée par l'émotion
et l'excitation intellectuelle, j'ai dû
fermer cette biographie passionnante pour reprendre
mes esprits... Guidée par Laure Adler,
j'ai pu suivre pas à pas la vie quotidienne
et la pensée d'Hannah Arendt. Née
juive en Allemagne en 1906, elle a vécu
dans sa chair et dans son esprit les chaos qui
ont traversé le XXe siècle. Militante
antinazie, elle a dû fuir la persécution
et deux fois s'exiler. En France en 1933, où
elle dut, comme les réfugié-e-s
d'aujourd'hui, affronter la misère et le
rejet. Enfermée dans le camp de Gurs (anti-chambre
de la déportation), elle s'en échappe
et s'enfuit aux USA en 1941, où elle doit
tout recommencer à zéro. Grâce
à une énergie hors du commun, elle
parvient toujours à dominer les pires événements,
à soigner ses relations amoureuses et amicales,
et à développer une pensée
forte et originale.
::Son
histoire d'amour avec Martin Heidegger, son maître,
qui peut renaître vingt ans plus tard malgré
l'engagement du philosophe dans le camp nazi,
est extraordinaire et troublante. Elle a aussi
beaucoup soutenu son deuxième mari, Heinrich
Blücher, génial autodidacte, le philosophe
Karl Jaspers, la romancière américaine
Mary McCarthy et d'autres ami-e-s, tous et toutes
de grandes pointures intellectuelles, aux USA,
en Europe et en Israël.
::Sa pensée dérangeait alors. Actuellement,
elle est au coeur de nos préoccupations
du XXI° siècle. Comment assumer une
judéité dépourvue de tout
judaïsme? Comment développer une nouvelle
nation, Israël, sur un territoire déjà
habité par des Arabes? Quelles sont les
origines du totalitarisme? Comment les Allemands
ont-ils pu se laisser entraîner par la barbarie?
::En
1963, elle se fait journaliste à Jérusalem
pendant le procès d'Eichmann et son reportage
soulèvera une vague mondiale de critiques.
Elle estime qu'il faut écouter les bourreaux
et elle refuse de voir en Eichmann une exception...
Jusqu'à la fin de sa vie (subite, un soir,
entourée de ses ami-e-s), en 1975, elle
prône que la liberté de penser et
la capacité de résister sont toujours
possibles chez l'être humain.
::Actuellement,
à Genève, nous pouvons approcher
et approfondir l'oeuvre d'Hannah Arendt grâce
à Marie-Claire Caloz-Tschopp qui organise
séminaires et colloques internationaux
à l'UOG ou à l'Université.
Maryelle
Budry
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