::
Sapphô et compagnie. Pour une histoire des
idées féministes, T.1
Séverine Auffret
::Belle
ambition que celle de consacrer quatre ouvrages
aux idées féministes depuis la plus
haute Antiquité jusqu'à nos jours!
Le premier tome est prometteur, cependant. Il
démarre avec Euripide (5e siècle
avant J.-C.) et s'achève sur les bûchers
des sorcières au Moyen Age. Durant cette
première période, c'est plutôt
à une archéologie des idées
féministes que se livre l'auteure, tant
les traces sont éphémères,
volatiles, voire disparues à jamais. Prenons
Euripide justement. Il a écrit et fait
jouer près d'une centaine de pièces
de théâtre, même pas vingt
sont arrivées jusqu'à nous. Parmi
celles-ci, Mélanippe la philosophe,
qui met en scène une femme qui discourt,
argumente et raisonne et qui fit scandale à
l'époque. Euripide fut longtemps accusé
de misogynie; c'est tout le contraire, rectifie
Séverine Auffret, pour laquelle le grand
dramaturge est le premier à avoir émis
des idées féministes.
::Mais qu'entendre
au juste sous ce terme? L'auteure nous donne sa
définition: «Considérer
la femme, les femmes, comme des individus disposant
librement de leur corps et de leur esprit, et
participant de plein droit à tous les domaines
de la culture humaine; mettre en oeuvre et en
actes de telles idées». Sapphô,
la seule écriture féminine de l'Antiquité
grecque qui nous ait été transmise,
en représente un exemple flamboyant. Poétesse
de l'amour, Sapphô analyse les états
d'âme avec une finesse psychologique rare.
Elle est aussi pédagogue et il lui importe
de transmettre son savoir.
::Elles sont
nombreuses les femmes qui ont laissé des
traces fragiles de leurs idées féministes
implicites, notamment durant la première
période du christianisme au cours de laquelle
émerge une individualité féminine.
La femme peut se penser en dehors de l'homme.
C'est le cas des martyres, prophétesses,
ascètes, anachorètes, voyageuses
et autres héroïnes. Mais qui sait
encore qu'Agnès a été suppliciée
à Rome, Perpétue et Félicité
à Carthage en 203? Au Moyen Age, l'autonomie
féminine se décline autrement: la
subversion féminine s'incarne dans les
fées, les magiciennes, les guerrières
et les hérétiques. La plupart finiront
dans les flammes, comme de bien entendu.
Martine
Chaponnière
|