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::Les corbeaux sur nos plaines
Anne Cuneo

«Ami, entends-tu le vol noir
Des corbeaux sur nos plaines 2... »
Le Chant des Partisans

::Au hasard d'une rencontre, sur le banc d'un parc, Elena, la trentaine, raconte sa vie, sa survie devrait-on dire, à Alice. La première est journaliste, la seconde étudiante en lettres. Est-ce le hasard, les études communes à Lausanne, la même nationalité italienne qui poussent Elena à parler? Est-ce le besoin de parler, de «vomir» son douloureux passé, avec le désir d'oublier? «Ca ne sert à rien, d'oublier. Penses-y, au contraire. Tu verras que le souvenir finira par t'être indifférent. Ce sera beaucoup mieux que l'oubli.»

::Petit à petit, la jeune femme confie les horreurs de la guerre qu'elle a vécue et qui s'est arrêtée pour elle le jour de la mort de ses parents fusillés et de son viol par des soldats allemands. Recueillie par une doctoresse italienne, elle s'est retrouvée face à un autre blessé, mais qui lui portait l'uniforme allemand... Et même si Max est un symbole de fraternité puisqu'il a fini par refuser le nazisme, il reste malgré tout un «Boche» pour la fillette de 14 ans. Une quinzaine d'années plus tard, sur un banc de l'Université de Lausanne, Elena retrouve Max et peu à peu se noue entre eux une relation tout empreinte de doutes. Max se sert-il de la jeune femme pour effacer son image de soldat? S'en sert-il comme d'un alibi?

« - Vous cherchez à oublier que vous avez tué?»
« - Exactement. Ou plutôt: pourquoi j'ai tué. Ou même pire: pour qui.»

::Cette relation est peut-être aussi indispensable pour la reconstruction de la jeune femme que sa fin inexorable. Une fin qui lui permettra de commencer une autre histoire, ailleurs. Quelques années après leur rencontre, en apprenant la mort prématurée d'Elena, Alice se décide à écrire son histoire, même si la guerre est terminée depuis longtemps parce qu'il y a, qu'il y aura toujours d'autres guerres et que ceux qui les vivent ou les vivront, à l'instar d'Elena, ne sortiront jamais indemnes. Les corbeaux noirs n'ont pas fini de tourner sur nos têtes.

::Ce premier roman d'Anne Cuneo, écrit au début des années soixante a été lu par Françoise d'Eaubonne et Simone de Beauvoir, mais n'a pas été publié alors. Il y a quelques mois, un exemplaire refait surface chez un des amis de l'auteure, qui décide alors de le «rafraîchir». Pour elle, c'est comme donner un aboutissement à une affaire laissée en suspens.

Sylvie Flamand

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Bernard Campiche, 2005
188 pages
Fr. 34.00

 
 
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