::Ce roman nous
fait partager une journée de la vie de
Juliet, de Maisie, d'Amanda, de Christine, etc.
Nous entrons dans leurs pensées et vivons
la monotonie tragique de leur quotidien doré:
l'accompagnement des enfants à l'école,
les courses, le café avec les copines,
la promenade au parc, le dîner chez des
voisins.
::Juliet enseigne
la littérature dans un lycée de
filles; élève douée, elle
semblait promise à une jolie carrière.
Elle est pratiquement la seule à travailler
et à avoir une conscience claire de la
condition des femmes dans cette banlieue dont
les habitantes ne semblent jamais avoir entendu
parler de féminisme, d'égalité,
et assument pour l'instant leur état d'esclave
domestique. Lorsqu'elle dit à son fils
«Dans cette maison nous n'avons pas
de domestiques», il lui répond:
«Si, tu es notre domestique».
Une fois par mois,
elle anime le «club littéraire»
de son école et fait découvrir les
grandes héroïnes féminines
à ses élèves, en espérant
éveiller la conscience de ce qui les attend.
Et lorsque sur un coup de tête, elle fait
couper ses très longs cheveux, cet acte
prend valeur symbolique de libération.
::Les quatre
ont quelques discussions sur la misère
du monde, la culpabilité, le sens de la
vie mais lorsque les maris rentrent le soir, ils
ne se montrent pas très à l'écoute
de leurs angoisses et leur solitude est terrible.
On s'amuse un moment de la sottise, de la vacuité
de ces femmes, mais très vite on réalise
que ce roman est un miroir et que tout cela est
aussi tragique que mortifère. Que deviendront-elles,
comment sauront-elles gérer leur vieillissement,
l'éducation de leurs enfants, les divorces
à venir? A mon avis, il y a du Prozac dans
l'air, et à Arlington, le bonheur ne fera
pas long feu.