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Terre des oublis
Duong Thu Huong
traduit du vietnamien par Phan Huy Duong
::Miên regagne sa maison après une
journée de travail dans les plantations,
avec ce pressentiment de malheur qui l'a hantée
tout le jour. Chez elle, une des plus belles demeures
du Hameau de la montagne, un attroupement inhabituel
c'est formé. Bôn est revenu.
::C'était
son mari, quatorze ans plus tôt. L'âme
errante qu'elle honore sur l'autel depuis si longtemps
s'est soudain réincarnée dans ce
corps noir, cette peau et ces lèvres cadavériques.
Bôn est revenu. Ce n'est plus le jeune homme
qui fut son mari le temps d'un été
fugace. Ce n'est pas une âme errante non
plus. Quelque chose entre les deux. Miên
comprend qu'elle est piégée.
«Il a été mon mari. Mais cela
fait près de dix ans que je vis avec Hoan
et notre mariage a été entériné
par le ciel et par les hommes. L'avis de décès
de Bôn est arrivé plus de cinq ans
après son incorporation dans l'armée.
Je n'ai épousé Hoan que deux ans
après. Nous avons un fils. Je ne peux pas
quitter Hoan. 11 est mon vrai bonheur... »
::Pourtant
Miên partira vivre chez Bôn, laissant
son mari aimant, son fils aux soins de sa tante,
sa maison confortable et tous les présents
de son amour. Elle partira par devoir envers le
pays, pour les rescapés de guerre, pour
éviter les médisances
des voisins, de tout le village. Elle partira
parce que Bôn est son premier mari. Elle
partira la rage au ventre et la douleur au cœur.
::Ce
magnifique roman nous entraîne alors dans
les vies non épargnées de Miên,
de Bôn et Hoan, dans la description de sublimes
paysages du Vietnam, dans l'utilisation des plantes
dans le quotidien ou la préparation de
plats cuisinés. La remise en question de
la vie de chacun des personnages, mais aussi de
toute la collectivité du village aura-t-elle
pour effet que Miên et Hoan trouvent une
issue à leur amour?
::L'auteure,
Duong Thu Huong, vit en résidence surveillée
à Hanoi depuis plus de dix ans. Elle refuse
de s'incliner devant la force, de mettre sa plume
au fond d'un tiroir. Elle a écrit de nombreux
articles politiques et jouit d'une notoriété
dans son pays, où ses textes se transmettent
clandestinement. Elle est la hantise des gouvernements
qui se succèdent au Vietnam depuis années
70.
Véronique
Riat-Rossier
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