::Ruptures
Gisèle Fournier
::Gisèle
Fournier, écrivaine genevoise de grand
talent, est fascinée par le mystère
des maisons... Dans Chantier (2006),
elle nous entraînait dans le désespoir
engendré par les démolitions, dans
Perturbations (2004), elle décrivait
déjà le désarroi de villageois
face à l'occupation d'une maison isolée
par une inconnue. Dans Ruptures, à
nouveau, un étranger s'installe dans une
maison abandonnée dans les montagnes du
Sud de la France et s'acharne à la remettre
sur pied. Pourquoi? D'où vient-il? Qui
est-il? Les villageois se méfient et deviennent
agressifs. On ignore pourquoi. La frontière,
toute proche de la masure, recèle aussi
ses secrets: l'homme entend dans la nuit des sons,
des bruits de pas, de voix, de sifflets, une détonation
parfois. Même le bistroquet du village,
le seul être humain qui l'accepte, ne lui
révèle rien...
::Peu à peu, nous découvrons ce
mystérieux Jean-Marie, qui a choisi la
solitude pour échapper à sa vie
professionnelle, qui a compris que non seulement
son travail était absurde, mais qu'en plus
il détruisait les gens, qu'il cautionnait
les maladies et les morts causées par l'amiante...
Le roman intime d'une personne qui songe à
son passé, seule dans la nature, prend
alors une dimension sociale. Gisèle Fournier
touche à l'inanité du système
économique et du mode de vie en place,
mais ne donne pas un message rousseauiste. Le
retour à la nature se révèle
aussi ardu que la survie dans la jungle citadine.
Jean-Marie doit affronter de nouvelles épreuves,
en plus de ses anciens démons, cependant
le roman s'achève sur un espoir de reconstruction,
au-delà de la frontière...
::Une belle méditation
sur le sens de la vie, soutenue par une langue
superbe et dense.
Maryelle
Budry
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