::La légende d'une servante
Paula Fox
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Hélène
Dumas
::«Ruina, ruina...» écrit le
grand-père de Luisa, la narratrice, sur une
feuille de papier qu'il laisse en héritage
à sa femme avant d'aller mourir dans un marais
lointain. Nous sommes sur une île hispanique
des Caraïbes, au début lu 20e siècle.
La voracité d'un planteur de canne à
sucre et l'ignorance de ses droits ont eu raison
des biens et de l'envie de vivre de cet homme.
::Tette tragédie
assombrit toute l'histoire de Luisa. Fille illégitime
du fils du naître de la plantation et d'une
domestique, elle est élevée entre
deux images parentales imposantes, sa grand-mère
maternelle métisse, la bienaimée,
et sa grand-mère paternelle, aristocratique,
blanche et méprisante, -lui ne reconnaîtra
jamais son existence. A l'heure où la transmission
de la pathologie entre les générations
est à la mode, on pourrait comprendre à
travers le passé tourmenté des parents
de Luisa pourquoi celle-ci choisit de travailler
comme servante et pourquoi elle refuse obstinément
de changer de condition chaque fois que la vie
lui en donne la possibilité.
::Comme d'autres
personnages des romans de Paula Fox, romancière
américaine redécouverte récemment,
Luisa doit composer avec une réalité
qui est plus souvent faite de douleur et de désillusion
que de beauté et d'exaltation. D'emblée,
l'atmosphère du roman est grave et l'adversité
menace continuellement. Alors pourquoi reste-t-on
accroché-e pendant 400 pages à lire
du malheur? Parce que «Paula Fox décrit
à merveille la vie intérieure de
ses personnages et qu'elle met le doigt sur tant
de points sensibles que chacun-e s'y reconnaîtra
une fois», nous dit sa préfacière.
::Luisa
n'a jamais cru en une justice possible, elle n'a
pas compris qu'elle avait des droits, ou alors
très tard. La légende d'une servante
plaira aux âmes mélancoliques et
aux pessimistes de la condition humaine. Pour
moi, Luisa reste un mystère.
Evelyne
Merlach
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