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::Ses pieds nus
Claire Genoux

::«Tout le monde a une douleur, comme un étang tranquille au milieu du corps. Sans la douleur, on n'est rien.» Cette citation pourrait être le fil conducteur des sept nouvelles du deuxième recueil de prose de la jeune écrivaine romande, Claire Genoux. Elle y met en scène des personnages solitaires, observateurs de leur existence, coupés de leurs émotions et gérant leurs blessures comme ils peuvent.

::Un photographe célèbre et branché photographie les femmes comme des objets, tels les camions et les pneus, sujets de ses premières photographies. Il va très mal et des séances chez un thérapeute new-yorkais vont déclencher une crise majeure et peut-être salvatrice.

::Marie va à Prague, en train de nuit. «Partir à l'étranger. N'importe quel étranger». Elle n'y connaît personne, elle y va. «Marcher. Voir comment ç'est.» Seule, elle rentrera le soir même avec peut-être le souvenir des jeunes rencontrés pendant le voyage.

::Emile, journaliste raté couvrant les inaugurations de supermarchés, fait avec ses compagnons d'infortune le pari monstrueux de séduire une fille laide, ou un garçon, qu'importe.

::Une employée de régie immobilière et un pilote de la CGN entament une relation pendant les traversées du lac entre Evian et Lausanne. Elle aime le lac, la beauté, l'été. Mais nous retiendrons plutôt la tristesse de cette liaison un peu sordide qui part en quenouille avec la fin de la saison.

::Que deviendra l'enfant de cette jeune mère qui vit si mal sa grossesse et se montre si indifférente à tout, et incapable d'établir une relation avec le père?

::Des jeux dans la haie met en scène une jeune femme qui attend sa mère dans une gare. Pendant cette attente incertaine, elle revit son enfance massacrée par cette mère violente et incestueuse, qui l'a laissée à jamais anesthésiée.

::Paradoxalement, le dernier texte - Il faudra se souvenir - qui raconte la mort du vieux Séverin est le moins triste! Sa rencontre avec la représentante de «Bien vivre sa mort» est tout à fait réjouissante. Il est le seul à établir une vraie relation, avec une jeune voisine qui lui vient en aide lorsqu'il fait une chute dans son appartement.

::Livre mélancolique, remarquablement bien écrit, sobre, sans pathos avec la distance juste à des émotions étouffées qui savent nous toucher. A lire et relire, en plusieurs fois peut-être...

Marianne Perrenoud

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Bernard Campiche, 2006
209 pages
Fr. 34.-

 

 

 

 
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