::Adèle,
l’autre fille de Victor Hugo
Henri
Gourdin
::La
famille Hugo, incarnation du romantisme naissant,
n’a pas fini de nous intriguer. Sous l’aile
du colossal Victor, célèbre à
18 ans et mêlé de près à
toutes les convulsions de son siècle, les
membres du clan s’avèrent non moins
pittoresques. La douce et bien aimée Géraldine
sera rendue immortelle par son destin de nouvelle
Ophélie, François-Victor et Charles
rivalisent de créativité, la mère
de famille elle-même, cette Adèle
Foucher que ses enfants surnomment Muchette, commence
à se lasser des insatiables assauts de
son chèvre-pied de mari. Elle va lui refuser
son lit pour se lancer dans son interminable liaison
pseudo-platonique avec Sainte-Beuve.
::Benjamine
de cette tribu haute en couleurs, comment la jeune
Adèle trouve-t-elle sa place et son identité?
Pour nous, elle garde la beauté déchirante
d’Isabelle Adjani, mais qui se préoccupa
d’Adèle H. avant Truffaut? Ici et
là, on l’évoque comme «l’autre
fille de Victor». Douée pour l’écriture,
le dessin, la musique, l’adolescente tient
un journal intime dont le décryptage minutieux
constitue la base du livre d’Henri Gourdin.
Des milliers de feuillets illisibles, raturés,
traversés de graffiti et la plupart du
temps codés servent, au jour le jour, d’exutoire
à une âme exaltée qui se heurte
avec désespoir aux parois du monde réel:
pour l’historien, une vraie tâche
de bénédictin.
::Afin
de mieux cerner le psychisme d’Adèle,
percer les mystères de son cœur, l’auteur
a eu recours à la coopération d’un
authentique analyste qui, avec un siècle
de décalage, allonge l’héroïne
sur son divan virtuel. Il déchiffre ses
hallucinations, traque en cette âme de flamme
la fêlure originelle. Hugo, las des scandales
causés par sa fille, la fera interner:
elle restera quarante ans captive, presque abandonnée
par tous les siens. On ne peut s’empêcher
d’évoquer Camille Claudel, autre
femme au destin crucifié. Un livre savant,
subtil, documenté qui se dévore
avec avidité, la passion n’est-elle
pas communicative?
Monique
Ferrero
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