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:: Shrapnels
Elisabeth Horem

::Par le biais de 114 instantanés à la touche impressionniste, l'auteure nous fait partager sa réclusion volontaire au coeur d'une cité de rêve, celle des Mille et une nuits, des palais fastueux, des jardins à l'exotisme luxuriants: Bagdad. D'un ton sobre et cursif, Elisabeth Horem évoque les impressions ressenties par une femme venue rejoindre son époux, en poste dans ce qui est devenu une ville martyre. Le titre Shrapnels est efficacement choisi, assimilant ses trop brèves visions à ces obus emplis de balles projetées, lors de l'explosion, à une vitesse vingt fois supérieure à celle du son. Chaque fraction de seconde peut donc vous précipiter dans la mort et le danger guette à chaque azimut.

::Comment survit une Occidentale claquemurée dans la thébaïde, défendue comme un bunker, de son diplomate de mari? Ecrit à la troisième personne, ce récit nous «la» montre nageant avec application dans sa piscine pour rester en forme, puisque toute promenade et toute activité extérieure lui sont interdites. Elle n'entrevoit Bagdad qu'à travers les vitres blindées de la limousine climatisée qui circule encadrée par des gardes armés. Dans le jardin aussi, des vigiles se tiennent aux aguets, l'index sur la détente de leur kalachnikov, dans la crainte d'un tireur d'élite embusqué sur un toit voisin. Que fait-elle, la recluse de luxe? Elle voit ses domestiques, Aram et Farida, collant des feuilles de plastique transparent sur toutes les vitres pour éviter les éclats, en cas d'explosion. Elle admire leur application aux tâches quotidiennes, en dépit des détonations incessantes et des attentats sanglants montrés, chaque soir, à la télévision. Elle parle l'arabe et peut donc nouer de vraies relations avec ce couple qui déplore l'enfermement de leurs enfants, avec les gardes, aussi, dont elle tire et développe elle-même de frappants portraits, avec le jardinier-philosophe qui apprend son métier à ses fils, privés de scolarité par les événements, car «dans ce pays, les gens disparaissent, mais les plantes, elles, continuent à pousser».

::Elle écrit surtout, la recluse, puisque c'est sa vocation, et nous ne pouvons que nous réjouir d'entrouvrir, grâce à elle, le voile qui masque sous l'horreur de la haine et des crimes un peuple qui n'aspire qu'à la paix et pratique l'héroïsme au quotidien, simplement pour survivre.

Monique Ferrero

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Campiche
2005
196 pages
Fr. 34.00
 
 
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