::Mauvaise
langue
Cécile
Ladjali
::Ce que j'ai aimé dans ce livre, c'est
que l'auteure tente, avec un optimisme de nos
jours plutôt décrié, de donner
aux jeunes des quartiers défavorisés
la possibilité, si infime soit-elle, d'apprécier
une tragédie de Racine, un essai de Georges
Steiner, voire une symphonie de Mahler. Cécile
Ladjali est écrivain (sic, en bonne Française)
et professeur (re-sic) de littérature dans
un lycée de Seine-Saint-Denis et à
la Sorbonne Nouvelle. C'est surtout son expérience
avec des lycéens d'une quinzaine d'années
qu'elle raconte ici et qui suscite ses méditations
sur l'éducation. Comment une prof peut-elle
transmettre son amour de la littérature
à des jeunes qui pensent que parler «caïd»
leur donnera le pouvoir auquel ils n'ont pas droit?
::Cécile
Ladjali plaide pour l'idée que si l'on
se contente d'apprendre à ces jeunes comment
rédiger un CV ou à se préparer
à un entretien d'embauche, cela ne sert
finalement à rien si lors de l'entretien,
le jeune n'est pas capable d'aligner deux phrases
qui ne sont pas en verlan. Les codes langagiers
des jeunes - qui visent non seulement la rapidité,
l'efficacité mais aussi la démarcation
par rapport au monde adulte - finissent par être
d'une incroyable pauvreté face aux richesses
d'imagination et de création qu'offre la
langue.
::Ce que veut montrer l'auteure, c'est que les
classiques, malgré leur mauvaise réputation,
ont du bon car ils servent à s'interroger.
Les classiques, ça aide à savoir
qui l'on est, les classiques, ça ne sert
pas seulement pour la culture cultivée,
ça permet la créativité.
Elle a galéré, Cécile Ladjali,
mais elle a gagné. Ses élèves
ont joué devant leurs contemporains une
pièce qu'ils ont eux¬mêmes écrite,
truffée de citations savantes, à
l'image, d'ailleurs, de ce livre. Bien sûr,
ils ont été traités de bouffons
par les plus démunis mais en règle
générale, la pièce a plutôt
bien passé. Ouf! Pari gagné.
Martine
Chaponnière
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