::Le
principe de Frédelle
Agnès
Desarthe
Les livres d' Agnès Desarthe ne sont jamais faciles à
comprendre, et par-là même à raconter. Le dernier
ne déroge pas à la règle.
Son héroïne, Frédelle, est psychologue scolaire
et elle a un principe selon lequel "de zéro à,
mettons, dix ans, les enfants ont des attitudes de déments:
ils se versent des assiettes de légumes sur la tête,
se donnent des coup de pied en plein visage, marchent les uns sur
les autres, introduisent dans leur bouche des objets contondants,
répugnants, les deux. Les enfants se jettent à l'eau
sans savoir nager, ne reconnaissent pas leurs vêtements et
envisagent de se marier avec leurs parents."
Alors, lorsque Frédelle rencontre Irwing, un enfant parfait,
sérieux, raisonnable et qu'il n'a pas l'air dérangé,
elle s'inquiète follement pour lui. On pense tenir le fil
de l'histoire, et voilà qu'il s'emmêle en des dizaines
de nœuds tous plus inextricables les uns que les autres: Frédelle
entend des voix, son mari meurt, son père lui ment, sa maison
s'écroule… Mais en fait, l'histoire n'a pas beaucoup
d'importance. L'essentiel dans ce roman (qui ressemble à
un conte), c'est l'héroïne, Frédelle, princesse
au prénom contractant la douceur d'un fredonnement à
la stridence d'une crécelle, le masculin de Fred au féminin
d'elle. C'est aussi les observations, les indignations des passages
surprenants, si justes et si bien écrits.
Oui, les livres d' Agnès Desarthe ne sont pas faciles à
comprendre, mais quel plaisir à chaque fois de les déguster!
Sylvie Flamand
|