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::Lire Lolita à Téhéran
Azar Nafisi


::Dans les rues de Téhéran, une ombre noire marche avec détermination, mais le regard baissé. Six autres jeunes femmes se dirigent dans la même direction. De même que le tchador les soustrait aux regards des autres, un autre nom leur a été attribué pour les protéger et sauvegarder leur secret. Mais que font Manna, Mashid, Yassi, Azin, Mitra, Sannaz et Nassrin de si répréhensible pour que l'on prenne de telles précautions?

::Ces jeunes étudiantes, dont le premier geste sera, une fois arrivées à leur destination, d'enlever leur triste vêtement noir pour laisser éclater un bouquet de couleurs chatoyantes, se réunissent chez leur ancienne professeure de lettres de l'université d'Allameh Tabatabai. Ce séminaire est pour elles une tentative d'échapper au regard du censeur aveugle quelques heures par semaine.

::Azar Nafisi, l'initiatrice de ces rencontres, fait découvrir à ses étudiantes certaines grandes oeuvres de la littérature occidentale, comme Madame Bovary, Gatsby le Magnifique ou encore Lolita. Ayant écrit un livre sur Nabokov, l'auteure exprime largement son choix aux jeunes femmes comme à nous autres, lecteurs-trices. Pour elle, la terrible vérité de l'histoire de Lolita n'est pas le viol d'une fille de douze ans par un monstre, mais bien la confiscation de la vie d'un individu par un autre, comme le fait un régime totalitaire qui veut confisquer la réalité de chacun. Pourtant, Azar Nafisi se défend de comparer les Iraniennes à Lolita et l'ayatollah à Humbert, même si la vérité historique de l'Iran est devenue, pour ceux qui se la sont appropriée, aussi immatérielle que la réalité passée de Lolita, dans le sens où tout ce qui concerne les désirs et la vie de cette enfant doit s'effacer devant l'unique obsession de Humbert.

::Exilée depuis aux Etats-Unis, d'où elle dit pouvoir mieux communiquer avec son peuple que si elle était restée sur place, Azir Nafisi précise que ce cercle de littérature clandestin a été pour elle la seule manière de lutter contre le régime en utilisant ses propres armes. Considérée comme dangereuse (son arme de destruction massive, comme elle le dit joliment, n'étant que ses lèvres...), elle se défend pourtant d'écrire contre l'islam, qui est à ses yeux une magnifique religion, mais dénonce ceux qui en abusent et qui font de l'Iran une caricature qui dégoûte les vrais croyants.

::Ce livre magnifique démontre bien que la culture est sans doute la chose la plus révolutionnaire au monde...

Sylvie Flamand

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Plon, 2004
387 pages
Fr. 41.40
 
 
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