::Suite
française
Irène Némirovsky
Préface de Myriam Anissimov
::1941,
nous revoici au coeur de la Seconde guerre mondiale:
Irène Némirovsky commence Suite
française. Placée en résidence
surveillée en raison de ses origines juives
et russes, elle couvre feuillet après feuillet
d'une écriture serrée et minuscule,
car l'encre et le papier sont des biens devenus
précieux. 1942 arrive, elle est déportée
en Pologne et assassinée tout aussitôt
dans l'indifférence générale.
Elle n'a que 39 ans. Pourtant, jusqu'au déclenchement
des hostilités, elle était une étoile
des lettres françaises.
::Sa
famille s'était exilée de la Russie
bolchévique en 1918. Point n'est besoin
d'insister sur le fait que les grands bourgeois
juifs de l'époque tsariste, marchands de
grains ou banquiers, ne faisaient guère
bon ménage avec les autorités issues
de la Révolution. Après une fuite
à rebondissements à travers la Finlande
et la Suède, les Némirovsky s'installent
en France où le père d'Irène
refait sa fortune.
::La
vie brève, mais combien intense, de cette
femme talentueuse, m'a secouée tout autant
que les tableaux féroces et caustiques
de Suite française. Le roman est à
deux temps. Dans sa première partie, il
dépeint l'exode de Paris sous l'avancée
des troupes étrangères et la débâcle
française: c'est une fresque violente des
routes de la fuite qui remet au premier plan les
mesquineries et les faiblesses des hommes et des
femmes emporté-e-s par la tempête
tragique; dans la deuxième partie, il raconte
la vie provinciale sous l'Occupation. L'acuité
psychologique, le désir d'aller au-delà
des conventions et jusqu'au coeur de l'absurdité
de la guerre qui casse les destinées, donnent
une portée universelle à ses descriptions
et une qualité rare à cette oeuvre
qui déborde vite de son cadre historique.
L'évocation de jeunes soldats allemands
m'a particulièrement interpellée:
sans haine, mais avec une extraordinaire perspicacité.
::L'auteure
voulait écrire un grand roman à
cinq parties, comme une symphonie. Des notes extraites
de son journal expliquent sa façon de travailler.
Ses deux filles ont été sauvées
miraculeusement par une amie chrétienne,
ainsi que le manuscrit qui les a accompagnées
tout au long de la traque. L'aînée,
aujourd'hui âgée de 75 ans, a enfin
pu ouvrir ces pages et les donner à publier.
Pour faire le deuil, a-t-elle dit. Mais est-ce
jamais possible?
Evelyne
Merlach
::PS.
Suite française a été couronné
par le Prix Renaudot 2004.
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