::Le cas du docteur Koukotski
Ludmila Oulitskaïa
::Ludmila Oulitskaïa écrit dans la
tradition des grands auteurs russes. On retrouve
chez elle tous les ingrédients traditionnels
et, semble-t-il, immuables: la pauvreté
effarante du petit peuple, les conditions de logement
misérables, le manque d’hygiène,
la vodka et l’ivrognerie. Mais aussi la
générosité inconditionnelle,
la grandeur et la folie humaines. Cette grande
saga se joue essentiellement après la 2e
guerre mondiale, à l’époque
sombre du stalinisme où, aux conditions
de vie difficiles, s’ajoute la peur constante
de faire le petit faux-pas, de prononcer la petite
phrase de trop qui enverront directement dans
un camp sibérien.
::Le
docteur Koukotski est un Russe descendant d’une
famille où les hommes sont médecins
de père en fils et tous doués dans
l’exercice de leur profession. C’est
un médecin progressiste, gynécologue
attentif au sort désastreux de toutes ces
femmes pauvres qui recourent aux avortements clandestins
et se mutilent ou meurent lamentablement. C’est
un pionnier de l’avortement légal
qui s’engage, tout en étant conscient
qu’il risque gros, à la merci d’une
dénonciation ou de la versatilité
du pouvoir. Quand il se marie, il portera un amour
inconditionnel à la petite fille de 2 ans
que sa femme a déjà. Il l’adoptera,
l’accompagnera toute sa vie, la gâtant,
l’encourageant, essayant de la comprendre
quand elle donnera à sa vie une tournure
toute différente.
::Des
trois parties de ce roman, la première
et la troisième nous racontent l’histoire
de cette famille et de son entourage, alors que
la seconde, très étrange, est comme
un long rêve qui entraîne Eléna,
la mère, dans un monde imaginaire, un au-delà
doux et rêveur. Il faut dire qu’à
la fin de la première partie, cette femme,
atteinte d’une maladie non nommée,
ressent son premier trou de mémoire, qu’elle
tente désespérément de combler
et de cacher aux siens.
::Voici
une fresque de la société russe
avec de nombreux clins d’œil et détours
passionnants!
Francoise
Summermatter Wunn
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