::N'oublie
pas les chevaux écumants du passé
Christiane Singer
::«Ne
perds pas la mémoire, car là où
la mémoire est vivante, l'arbitraire ne
règne pas. N'oublie pas les chevaux écumants
du passé, du fond des temps ils ont galopé
jusqu'à toi et jusqu'à moi; ils
sont harassés et couverts de sueur; depuis
les steppes interminables des temps, ils nous
ont rejoints dans l'aujourd'hui». Adage
japonais.
::Christiane
Singer pense que souvent nous allons mal parce
que notre vue est trop courte. Nous détournons
nos yeux du passé, nous mettons notre espoir
dans l'avenir parce que nous nous désespérons
des guerres mondiales et des dérives totalitaires
qui ont accablé le XXe siècle. Nous
confondons le passé avec ses désastres
et ses faillites et nous ne voyons pas le trésor
inépuisable de notre patrimoine: pire,
nous oublions que nous vivons bon gré mal
gré sur l'acquis multimillénaire
de ceux et celles qui nous ont précédé-e-s,
nous foulons la terre des morts, nous habitons
leurs maisons, cueillons les fruits des arbres
qu'ils ont plantés, utilisons les routes
qu'ils ont construites: le décor dans lequel
nous vivons porte partout les traces de l'oeuvre
d'une foule invisible. Christiane Singer aime
dire à ses étudiant-e-s: «Sentez
derrière vous cette longue chaîne
d'amants et d'amantes (Eluard) dont vous êtes
en cet instant les seuls maillons visibles! Ils
n'ont pas désespéré du monde
et vous en êtes la preuve vivante. C'est
avec cette conscience-là que vous trouverez
la force et le courage de vous élancer».
::Christiane
Singer célèbre la vie, sa générosité
incommensurable face à laquelle nous ne
pouvons être que reconnaissant-e-s, elle
insiste sur la nécessité de transmettre
à nos descendant-e-s, de les éduquer
- e-ducere, soit «conduire dehors»
-, révéler à l'enfant l'immensité
qui l'entoure et qui l'habite. Mais elle parle
encore de bien d'autres choses fondamentales dans
son livre, elle va profond, vers l'autre, cet
empêcheur de tourner en rond, vers le féminin,
terre d'accueil, vers l'essentiel, cet indicible
qui peut être partout mais qu'on a de la
peine à voir, vers le corps vieillissant
et le cœur rajeunissant.
Evelyne
Merlach
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