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::Spécial féministes musulmanes


::Dès les années 90, la situation a changé dans les «cités» françaises. Jusque là, les gens s'étaient montrés solidaires et les garçons respectaient les filles. Puis la violence et la peur se sont installées. Les fils ont pris le pouvoir traditionnellement dévolu aux pères - qu'ils ont vus discrédités par la pauvreté, le chômage, l'illettrisme et le racisme ambiant -, et se sont érigés en petits dictateurs vis-à-vis de leurs soeurs et, chose nouvelle, des soeurs des autres. Désormais, les filles seraient soumises à leur loi et à leur volonté qui irait jusqu'au viol individuel ou collectif (les tournantes) et même au meurtre.

::En 2002, les «femmes des quartiers», lasses de la situation, lancèrent un appel national et rédigèrent le manifeste «Ni putes ni soumises», où elles annoncèrent vouloir lutter contre le racisme et l'exclusion, et pour leurs droits, leur liberté et leur émancipation. La mort de Sohane, brûlée vive à Vitry-sur-Seine par un garçon d'une cité voisine en octobre 2002, fit s'amplifier le mouvement de résistance féminine et déboucha, en février 2003, sur la «Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité», à laquelle plus de 30'000 personnes, la plupart venues des banlieues, participèrent derrière le slogan «Ni putes ni soumises».

::Voici le témoignage bouleversant de deux de leurs égéries. Ils sont suivis de deux autres livres fort intéressants: l'un sur le port du voile et l'autre sur le problème de l'émigration et les différences entre la culture «traditionnelle» africaine et la culture française.

Adrienne Szokoloczy-Grobet


Découverte, 2003
156 pages
Fr. 24.00


::Ni putes ni soumises
Fadela Amara, avec la collaboration de Sylvia Zappi


::Fadela Amara milite depuis l'âge de 17 ans et en a aujourd'hui 39. Elle est présidente de la Fédération internationale des Maisons des Potes et, depuis 2003, du mouvement «Ni putes ni soumises». Née à Clermont-Ferrand de parents immigrés algériens, elle se pensait auvergnate jusqu'au jour où une institutrice l'inclut dans le groupe des enfants étrangers. Et il est vrai qu'élevée dans une cité d'urgence de banlieue, elle était socialement et culturellement différente, tout en étant convaincue que la France, le pays des Lumières et des Droits de l'Homme, devait permettre à tous de vivre ensemble harmonieusement et fraternellement.

::C'est la mort de son petit frère, écrasé par un chauffard ivre en 1978, et les paroles du flic «ils nous font chier, ces bougnoules», qui ont décidé de son engagement militant aux côtés des copines: marche civique pour inscrire des jeunes des quartiers sur les listes électorales, création de l'Association des femmes pour l'échange intercommunautaire, participation à la Marche des Beurs, démarches pour améliorer le sort des habitants de sa cité/ghetto (réhabilitation des logements insalubres, recherches d'emploi pour les innombrables chômeurs) puis engagement à SOS Racisme et travail sur le projet Maison des Potes.

::En l'an 2000, c'est le déménagement à Paris, malgré les réticences de son père kabyle, pour qui le domaine des femmes est la maison. Elle participe à la préparation d'états généraux des femmes des quartiers, puis organise la Marche de février 2003.

::A la fin du livre, on trouvera une lettre ouverte à Oriana Fallaci - dont le livre La rage et l'orgueil* avait fait grand bruit - et les textes de l'Appel national et du Manifeste des femmes des quartiers.

Adrienne Szokoloczy-Grobet

* Plon, 2002



Oh! Editions, 2003
209 pages
Fr. 33.70

::Vivre libre
Loubna Méliane, avec la collaboration de Marie-Thérèse Cuny


::Loubna Méliane est aussi une «beur» ou plutôt une «rebeu»Erreur ! Source du renvoi introuvable. - par opposition aux «blacks»et aux «gaulois»- des cités-ghettos et une marcheuse des «Ni putes ni soumises». Elle a aujourd'hui 25 ans et travaille à SOS Racisme dont elle est la porte-parole officielle.

::Elle est née à Dijon de parents immigrés marocains, qui ont connu en France la misère et les humiliations et ont tenu à maintenir leurs traditions et leur culture dans ce pays étranger. C'est ainsi que Loubna, fille destinée au foyer et pas aux études (qu'elle ne réussit d'ailleurs pas), a subi/accepté un mariage arrangé - comme cela se fait au bled - avant de décider de prendre sa vie en main et de militer pour elle et ses consoeurs.

::Son combat est surtout celui de l'éducation, celle que ses parents n'ont pas eue et qu'elle a abandonnée face aux difficultés rencontrées. Elle s'y est remise, pourtant, après avoir tâté du travail et du mariage et est devenue une des plus ardentes porte-parole des lycéens. Elue au Conseil académique de la vie lycéenne, puis au Conseil supérieur de l'éducation, elle est reçue par des ministres, est interviewée à la radio et la télé et clame haut et fort la nécessité, pour les jeunes des cités, d'un vrai accès à l'éducation par un enseignement public adapté, avec des professeur-e-s compétent-e-s et engagé-e-s.

::Ses détracteurs lui disent en avoir marre des constantes demandes, plaintes et revendications de gens qui, s'ils étaient restés chez eux, seraient bien plus mal lotis. Elle affirme que ce n'est que par l'éducation que l'on assurera aux jeunes un avenir et que l'on préviendra la violence et la criminalité qui sont devenues la forme d'expression des exclu-e-s.

::Ce livre est dans un sens beaucoup plus personnel que celui de Fadela Amara et permet de mieux appréhender les problèmes rencontrés par les familles du «ghetto», leur façon d'élever leurs enfants et le sort des filles.

Adrienne Szokoloczy-Grobet

 


Gallimard, 2003
47 pages
Fr. 10.90


::Bas les voiles!
Chahdortt Djavann


::Voici un véritable coup de poing, violent comme les premières phrases: «J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle.»

::Chahdortt Djavann est née en Iran et y a vécu jusqu'à 23 ans. Elle a subi jeune fille la dure loi d'un Islam intégriste et veut dénoncer ce qu'elle considère comme une oppression injustifiable.

::Ce petit livre dénonce aussi la manière dont certains intellectuels français tolèrent diverses croyances et les pratiques sociales qui en découlent.

::L'auteure est passionnée et fort convaincante. C'est une voix authentique, précise, intelligente, qu'on ne saurait négliger dans le concert bien discordant de «la question du voile».

Annette Zimmermann

 

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