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::SurVivantes: Rwanda, dix ans après le génocide
Esther Mujawayo ; Souâd Belhaddad

::Esther Mujawayo, Rwandaise, rescapée du génocide perpétré en 1994 contre l'ethnie Tutsi, parle. Souâd Belhaddad, journaliste et lauréate en 1994 du prix de l'Association des femmes journalistes, écoute et note. Elles relisent ensemble, et c'est ainsi que prend forme un livre qui devrait, à mon avis, faire date dans l'histoire: tout d'abord en tant que témoignage exceptionnel, au même titre que le journal d'Anne Frank, et devenir, comme son aîné, un classique; pour ses caractéristiques littéraires ensuite, car il essaie et réussit à faire passer dans l'écriture le ton, l'émotion, la spontanéité, la souffrance psychique qui ont accompagné les entretiens; pour ses qualités synthétiques enfin: Esther s'aide de nombreuses sciences sociales - sociologie, psychologie, histoire, linguistique - pour tenter d'appréhender un phénomène qui, de par l'horreur qu'il implique, est pratiquement inapprochable et indicible.

::Esther a perdu dans le génocide son mari, ses parents, ses beaux-parents, deux sœurs, des nièces, des neveux... Mais à quoi bon repasser la liste atroce de tous/toutes les disparu-e-s, mieux vaut regarder celles qui sont là: ses trois filles, miraculeusement sauvées. C'est en premier lieu pour elles qu'Esther veut témoigner, pour leur transmettre la mémoire de leur ascendance. Elle veut aussi poser une réflexion sur le génocide, sur ses conséquences et sur l'impossibilité de parler pour les rescapé-e-s, bataillant dans leur for intérieur entre le fantasme d'une impossible vengeance et celui d'un impossible pardon.

::Muyaga, le vent mauvais en kinyarwanda... Voilà le mot qui désignait, après 1959 et 1973, les «événements» au Rwanda, c'est-à-dire les persécutions et massacres partiels dont faisaient l'objet les Tutsi, et qui donnaient beaucoup de «travail», gukora, aux Hutu. En lisant SurVivantes, un autre mot m'a frappée: barambohoje, «libérées», comme disaient autrefois pudiquement et honteusement les jeunes filles qui avait été abusées; aujourd'hui, ce terme est exclusivement utilisées pour dire violées, tant les Hutu ont «libéré» de femmes Tutsi pendant les tueries, leur transmettant souvent le sida par la même occasion.

::Que faisaient les troupes de l'ONU, alors en mission de paix au Rwanda, entre avril et juin 1994? Que faisait le gouvernement français, qui avait un régiment sur place? Que faisait Bill Clinton? Que faisions-nous nous-mêmes, au milieu des célébrations des cinquante ans du débarquement en Normandie et du «plus jamais ça»?

Evelyne Merlach

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L'Aube, 2004 303 pages
Fr. 40.10

 
 
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