::Miséricorde
Linn Ullmann
traduit du norvégien par Hélène
Hervieu
::En
Suisse, à ce jour, 65'200 personnes ont
adhéré à EXIT (association
pour le droit à mourir dans la dignité).
Cela ne signifie pas bien sûr que toutes
auront recours au suicide assisté dans
les années à venir; mais toutes
font part de leur désir de pouvoir échapper,
si nécessaire, à un acharnement
thérapeutique et d'être en mesure
de garder toute leur dignité. C'est ce
que désire obtenir de son épouse
le héros de Miséricorde,
troisième roman de Linn Ullmann, qui à
ce jour a déjà été
traduit en quinze langues.
::Johan,
journaliste et critique littéraire à
la retraite, vit avec May, sa seconde épouse,
une pédiatre, beaucoup plus jeune que lui,
une union harmonieuse. Il vient d'apprendre qu'il
est en phase terminale d'un cancer et demande
à sa femme de l'aider «quand
ce sera nécessaire». Il est d'autant
plus conforté dans cette décision
que son propre père est mort d'une façon
épouvantable, totalement dégradante,
et qu'il a gardé de cette scène
un souvenir à jamais traumatisant et obsédant.
Il ne veut pas vivre une telle horreur, ni l'imposer
à ses proches.
::L'état
de Johan s'aggrave et il est hospitalisé.
Dans ses heures de solitude, il repense à
sa vie, à la vie, à ses échecs,
aux chefs-d'oeuvre qu'il devrait lire avant de
mourir, à Mozart, à Bach, à
Schumann isolé dans sa folie, à
sa femme qui embellit, aux petits bonheurs encore
possibles. May a organisé une séance
de réconciliation avec son fils qu'il n'a
pas revu depuis huit ans pour d'absurdes et futiles
raisons. La vie se déroule dans un semi-brouillard
et vient le jour où sa femme décide
que le moment est venu. Et cette scène
est terrible, brutale même: elle ressemble
plus à une exécution qu'à
un accompagnement.
::Ce
livre très sobre et très juste nous
concerne toutes et tous dans la mesure où
chacun-e d'entre nous, comme les héros
du livre, sera peut-être un jour à
l'un ou l'autre bout de la seringue.... Et il
est probable que si de plus en plus de gens s'adressent
à des associations comme Exit ou Dignitas,
c'est que de porter et assumer seul-e la décision
de demander ou de donner la mort est terriblement
difficile, souvent impossible, même si parfois
nécessaire.
Marianne
Perrenoud
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