::Le paradis – un peu plus
loin
Mario
Vargas Llosa
::…un peu plus loin, toujours plus loin:
ainsi semble s'échapper toujours ce paradis
après lequel courent Flora Tristan et Paul
Gauguin, les deux héros de ce roman.
::C'est
sur leurs traces en effet que nous emmène
Mario Vargas Llosa, dans des pages foisonnantes.
Flora Tristan, née à l'aube du XIXe
siècle, féministe haute en couleur
qui s'évade littéralement du mariage:
«Personne n'a le droit de ne pas profiter
d'une pareille chance, assène-t-elle à
une jeune veuve éplorée, oubliez
votre deuil, sortez de votre sarcophage. Commencez
à vivre. Etudiez, faites le bien, aidez
les millions d'êtres qui, eux, souffrent
de problèmes bien plus réels et
plus concrets, la faim, la maladie, le chômage,
l'ignorance.» Car Flora prend aussi la défense
du monde ouvrier écrasé par la révolution
industrielle naissante. Et rien ne l'arrête
- police à ses trousses, bourgeois horrifiés,
hommes d'Eglise scandalisés, ouvriers épuisés
et résignés. Flora sillonne la France
en pèlerin, infatigable, tandis que le
roman dévoile, en écho, les dix
dernières années de vie de Paul
Gauguin, son petit-fils.
::Se
défaire de ce que la civilisation a fait
de lui pour retrouver «l'homme sauvage»,
telle est la quête de Paul, qui le lance
lui aussi sur les routes. Jusqu'à cette
île de Tahiti où il cherche éperdument,
entre les bras de vahinés à peine
nubiles, «l'état primitif»
qui est désormais sa source d'inspiration.
::Mario
Vargas Llosa réussit magnifiquement à
nous faire entrer dans ces deux vies, dans ces
deux époques, dans ces deux mondes. Certes,
il faut aimer les longs détours circonstanciés,
quitte à trouver quelques répétitions.
Mais on aurait tort de se priver pour autant de
pages pleines de scènes savoureuses et
de détails édifiants.
Marie
Houriet
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